l'encrier de rosemarie

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Le bétail de la ferme

Il y avait quatorze bêtes dans l'écurie, une écurie traditionnelle ou chaque bovin avait sa place et sa crèche. On comptait cinq vaches à lait, trois génisses, le reste des petits veaux. On nourrissait le bétail depuis la grange, par les "donnoirs", sorte de trous adaptés à la fourche et à la quantité de foin nécessaire à l'alimentation de chaque animal. Il y avait aussi un bœuf pour l'attelage et un autre jeune pour l'élevage afin de pouvoir remplacer son aîné quand il ne pourrait plus être attelé, vu son poids, 900 à 1000 kilos. Le plafond de l'écurie était à quinze centimètres de son échine, la belle bête qui, malheureusement, finissait à la boucherie et garnissait l'escarcelle du ménage.

 

Matin et soir, c'était la traite. Le lait était porté à la laiterie du village. Chaque mois, la "paie" venait. C'était la maman qui tenait les comptes et les cordons de la bourse, heureux temps!

 

En arrivant à la ferme, j'ai dû apprendre à traire, mon mari étant à la frontière, à Bâle. C'était la guerre. Quand, pour la première fois, j'ai empoigné un trayon, un cri de surprise m'a échappé. Je m'imaginais cela froid puisque c'était à l'air, hors de la tétine. A ma grande surprise, ils étaient chauds.

 

A la belle saison, ce bétail sortait de bonne heure par la fraîcheur brouter l'herbe tendre. C'était le temps où je gardais les vaches. J'en ai tricoté des paires de chaussettes pour les hommes de la maison! Comme quoi, il n'y avait pas de temps perdu.

 

Pendant que les bêtes étaient dehors, c'était le nettoyage: enlever la paille ou le flat (litière de roseaux secs), les bouses hop! dans la brouette et jetées sur le fumier, pas très loin derrière la maison. C'était tout un art de tresser cette paille malodorante pour faire le bord agréable à l'œil et surtout solide.

 

L'hiver, les vaches restaient à l'écurie. On les abreuvait à la fontaine très près de l'écurie. Elles ne sortaient qu'à la belle saison, de début avril jusqu'à novembre, quand la température le permettait.

 

A la fin de la saison, quand les vaches restaient à l'intérieur c'était pour certaines le temps de la mise bas ou vêlage. Là aussi, j'ai appris la technique pour aider la mère et le veau à venir dans de bonnes conditions. Dès que les pieds de devant étaient visibles, on attachait une corde autour. Dès que la vache poussait, on l'aidait par une douce traction, à la force de nos bras. Le veau arrivait sur une bonne couche de paille et on lui donnait une vigoureuse friction sur la tête et le corps pour l'aider à respirer. Pour requinquer la pauvre vache, c'était un litre de bon vin rouge additionné de six œufs battus avec autant de cuillerées de sucre, comme un bon sabayon).

 

Quand je vois, dans les écuries modernes, aider un veau à venir au monde à l'aide d'un tire-fort, cela me sidère et me fait mal.

 

Une anecdote pour terminer. Les vaches étaient "en champ", quand un génisson a gonflé. Je m'occupais seule du bétail, à part un voisin qui venait m'aider à traire. J'ai appelé le vétérinaire qui ne pouvait pas venir, puis le boucher qui avait le matériel adéquat: le trocart. Mais il est arrivé trop tard. La pauvre bête a étouffé, poumons bloqués par la fermentation de l'herbe trop fraîche. Le cheval était attelé devant l'écurie, je me suis jetée à son cou et j'ai pleuré sans retenue. Ceux qui me voyaient, cramponnée à Lisette, m'ont lâché:

- Mais Tilly, ce n'est pas UNE GENS…

m.coppex/juin 2014

 


Le 2014-07-09



06/10/2015
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