l'encrier de rosemarie

l'encrier de rosemarie

L'école de mon enfance

Mon père, qui savait travailler le cuir, m'avait fait un sac d'école avec des bretelles. Il a duré tout au long de ma scolarité. Plus grande, je le portais comme une serviette, par les deux brides qui avaient résisté à toutes ces années. Ensuite, ce sac a servi à mon père pour aller à la pêche. C'était du cousu main.

 

Habitant le chef-lieu du canton de Vaud, j'ai fait mes classes dans plusieurs établissements. La toute première fois où j'ai fait connaissance avec une maîtresse, c'était dans la salle paroissiale de l'Eglise St-Paul, avenue d'Echallens. J'avais quatre ans. Une dizaine de gamins turbulents qui auraient mieux aimé se flanquer une raclée dans le préau que d'apprendre à faire des bâtons au crayon sur une feuille de papier quadrillé. Moi, j'aimais le chant: "A la claire fontaine" et tant d'autres que je fredonne encore seule chez moi.

 

Puis ce fut l'école enfantine, à deux pas de la gare de la brouette d'Echallens. La locomotive me passionnait bien plus que l'ardoise où je me battais avec les lettres de l'alphabet.

 

Suite à un déménagement familial, ce fut Villamont où est encore inscrit au-dessus des entrées "Filles – Garçons". Pas question d'écoles mixtes.

 

Retour au collège de Prélaz, bâtiment surmonté d'un petit clocheton où était logée l'horloge. On entrait en classe en colonne par deux, la maîtresse devant. Quelques crochets pour y mettre nos vestes ou nos pèlerines, toujours en colonne par deux. Une fois la porte ouverte, chacune allait à sa place, sans faire plus de bruit que nécessaire.

 

Je vois encore les rangées de pupitres en bois, fabriqués d'une pièce, banc compris. C'était l'école primaire, chacune avait une boîte en bois au couvercle coulissant qui contenait une touche, une règle, un crayon, un porte-plume et une gomme. La touche était un crayon qui servait pour écrire sur l'ardoise que, chaque année pendant les grandes vacances, on pouvait prendre à la maison, afin de la remettre à la rentrée propre comme un sou neuf.

 

Je me souviens qu'à la "récré", nous faisions des rondes: "La bague d'or" ou "Ma sœur Hélène voulait aller danser".

 

Pendant la 3ème et 4ème année, j'avais une maîtresse fantastique, toujours impeccable, un chignon superbe, une autorité sans faille ni brusquerie. Avec elle, je me suis mise à aimer l'étude. Comme je travaillais bien, j'avais moins peur de mon paternel qui avait la main leste et le pied prêt. Nous avions des notes pour tout, y compris la conduite. A la fin de la semaine, c'était le paternel qui signait ce maudit carnet.

 

Puis ce fut la primaire supérieure où on allait apprendre l'allemand. Je me souviens du premier mot: "ein Bleistift". Alors cette fois, trois heures d'allemand par jour au détriment des autres programmes. Notre institutrice était entichée des jeunesses hitlériennes d'où les heures d'allemand. Cette femme portait ses cheveux roulés en macarons sur les oreilles. Le type même de l'Allemande. Que j'ai détesté cette personne! Mais malgré tout, j'ai fini mon écolage avec huit d'allemand et trois de français et un diplôme que je n'étais pas peu fière de rapporter au paternel.

 

A cette époque, toutes les fournitures et l'écolage étaient gratuits. Nos livres: le calcul avec les problèmes Roorda (quelle horreur!), le chant, l'anthologie scolaire (le livre de lecture), l'histoire biblique (nous commencions la matinée en priant), la grammaire, l'allemand évidemment. Nous devions fourrer les livres qui devaient être soignés pour les donner à celles qui nous suivaient lorsque nous changions de degré.

 

En "prim' sup'", en principe, nous n'avions pas la possibilité de suivre des cours de cuisine et de lessive suivi de repassage mais, un beau jour, celle ou celui qui avait le département de l'éducation scolaire a estimé que le savoir ne suffisait plus et que les filles de "prim' sup'" avaient aussi le droit de la pratique. D'où, je crois, les cours du mercredi matin au collège St-Roch.

 

A la cuisine, nous étions quatre par table avec chacune une tâche bien précise. Notre maîtresse, cuisinière de son métier, avait bien précisé le travail qui nous attendait: celle qui faisait le potage devait débarrasser la table après le repas et laver la vaisselle; celle qui cuisait la viande essuyait cette vaisselle; celle qui s'occupait des légumes devait nettoyer la cuisinière à gaz; pour terminer, celle qui fabriquait le dessert avait le soin de balayer et de "panosser" la salle. Notre maîtresse venait manger avec nous, changeant de table à tour de rôle.

 

La semaine suivante, c'était le tour de la lessive. On devait apporter le linge à laver que nos parents voulaient bien nous donner Lessive à l'eau froide dans des bassins inclinés à notre portée pour frotter au savon de Marseille. Bien souvent, celle qui nous tournait le dos, c'était une bonne giclée à la copine qui éclatait de rire. Quinze jours passés, c'était le repassage. Pas de fer électrique mais des plaques chauffées sur un réchaud. Je me souviens d'une fois où la maîtresse avait demandé d'apporter une chemise en soie. A la maison, ce fut la stupéfaction. Mon père n'en avait pas et, de toute façon, ne me l'aurait pas donnée.

 

Un autre souvenir - moins drôle - au collège de St Roch. Si je ne fais pas erreur, une fois par mois ou tous les deux mois, c'était le passage obligé aux douches. Figurez-vous une dizaine de gamines, onze ans, nues, les habits posés sur un banc qui courait le long du mur, pas à l'abri de la vapeur dégagée par l'eau des douches. Une voix sévère nous intimait l'ordre: "Restez sous la douche". Et vlan! la douche froide! Puis vous pouviez vous rhabiller. Ma maman m'avait donné un linge-éponge si mince qu'il ne servait pas à grand-chose. J'ai détesté enfiler des habits sur ma peau mouillée et je déteste encore ce souvenir, si bien que maintenant, j'use mes linges tant que je ne suis pas vraiment sèche.

 

Les classes comptaient 43 élèves en primaire, un peu moins en primaire supérieure, mais de la discipline toujours et de l'ordre sur nos pupitres. Pas de taches d'encre, encore moins dans nos cahiers.

 

Quand j'ai eu l'occasion de voir une salle de classe, à Aigle, j'ai été estomaquée par le chahut et la pile de bouquins sur la table de chaque élève. Comment travailler dans ces conditions? De mon temps - de 1925 à 1934 - c'était trop à nos yeux d'écoliers, mais maintenant les instituteurs n'ont pas la même discipline et malheureusement certains élèves peuvent se montrer violents, verbalement et moins souvent - par bonheur - physiquement.

 

Nous avions des parents sévères, mais je crois que cela nous a permis de faire face à tout ce que la vie nous a réservé.


Le 2014-07-21



06/10/2015
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