l'encrier de rosemarie

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La lessive aux cendres

La lessive aux cendres,quelle affaire pour une citadine! Je n'avais aucune notion de ce que ça pouvait être, j'ai appris sur le tas.

 

On utilisait un énorme cuvier qu'on remplissait d'eau. L'eau courante n'était pas installée. On attendait la pluie pour remplir le cuvier sous la cheneau du toit. Si le temps était trop sec, on ne pouvait pas attendre trop longtemps, alors on allait chercher l'eau au Rhône. Toute la famille faisait la chaîne avec des seaux.

 

On posait au fond du cuvier quatre bouts de bois en croix puis un sac de toile fine rempli de cendres propres, si possible de conifère, qu'on arrosait d'eau chaude. Dégrossir le linge de maison à la brosse à risette, un coup de savon de Marseille avant de le mettre dans le cuvier, dans un ordre précis: d'abord les draps et les fourres de duvet, puis les chemises à empeser, le linge de maison et enfin les plus petites pièces. Puis, une fois tout en place, les cendres propres au fond du cuvier, la mère à Emile - mon jeune mari - se mettait à croupetons à côté de la marmite (100 litres) remplie d'eau. Un bidon pour verser l'eau tiède une première fois, puis le même geste neuf fois. Neuf fois chaud et encore neuf fois bouillant, il lui fallait toute la journée. Je la vois encore avec son foulard rouge noué sur ses cheveux. Le lendemain, la lessive était encore chaude. On allait rincer le tout à la fontaine, après l'avoir récurée. On utilisait une grosse planche sur laquelle on tapait le linge très fort pour éliminer le "lissu".

 

Comme on ne faisait la lessive du linge de maison que trois fois par année, celle du mois de mars nous faisait souffrir l'eau glacée. Pas de chaud pour tremper nos mains. Mais quand le linge était étendu sur la corde installée par les hommes entre deux arbres devant la maison, les draps flottant au vent, c'était notre récompense, et si beau à voir.

Si les hommes n'oubliaient pas de détourner les vaches, qui se faisaient un plaisir de laisser leur cadeau, ou bien sûr la corde cassait, tu vois le résultat. La grand-maman les injuriait en patois, le comble pour moi qui n'y comprenait rien.

 

Je n'ai jamais échappé au rituel: après le repas de midi, il fallait "retourner" toute cette lessive, c'est-à-dire prendre le linge à la base pour changer de place les pincettes, car comme nous fixions les linges l'un sur l'autre, sous les pincettes le linge avait de la peine à sécher. Cela m'arrive encore de le faire l'hiver quand j'étends dehors. Comme quoi ce n'était pas si absurde que cela me paraissait quand j'avais entre 25 et 30 ans.

 

On faisait aussi une petite lessive tous les lundis pour, entre autre, les habits de travail des hommes. On les frottait sur la planche avec le savon à récurer. On les rinçait à la fontaine ou au Rhône.

 

Et le repassage? me diras-tu. Réduit à sa plus simple expression. On ne repassait pas les draps, les linges de toilettes, les lavettes... Comme pendant huit ans nous n'avions pas d'électricité, il fallait repasser avec un fer à braises, gros engin qui n'avait du fer à repasser que la forme. Sous le couvercle, on mettait les braises bien rougeoyantes. On fermait le couvercle et on attendait qu'il soit chaud. Le fourneau était la station de recharge. Comme il y avait des ouvertures pour le tirage, de temps à autre ces satanées braises pétillaient et vous envoyaient sur la chemise d'homme blanche au plastron empesé raide comme carton difficile en diable à repasser une kyrielle de "bruchons" et vous vous retrouviez avec un plastron picoté de minuscules points noirs comme un gamin criblé de taches de rousseur. Pour le reste, bien plié sur la table en appuyant fortement et hop! sous la pile existante. Le poids faisait office de repassage. Comme quoi à cette époque s'il y avait eu économie d'énergie, ce n'était en tout cas pas l'énergie humaine!

mars 2014


Le 2014-03-26



06/10/2015
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