l'encrier de rosemarie

l'encrier de rosemarie

Cosmos

Il bullait, tranquille. Il bullait dans son petit monde. Etroit, son monde, mais il ne le savait pas. Il croyait que c'était le cosmos, son monde. Il fallait bien ça pour contenir son cœur. C'est qu'il était tellement grand, son cœur. Oui, il fallait l'univers entier. Et encore... Un jour, (par hasard?) il s'immobilisa au sommet d'une falaise. Curieux, pensa-t-il en scrutant le vide ouvert à ses pieds, suis-je arrivé au bord du cosmos? Il se pencha pour regarder en bas, tout en bas. On ne voyait rien, rien que du noir avec ça et là de fines rayures grises. Vertige. C'est alors que quelque chose (quelqu'un?) le poussa fort dans le dos. Il battit des bras, essaya de se rattraper. Mais comment fait-on pour se rattraper au bord du cosmos? Faute de le savoir, il tomba dans le noir qu'il avait contemplé depuis là-haut. Bras et jambes écartés, il se mit à glisser sur les fines rayures grises, rebondissant de l'une à l'autre, lentement, toujours plus bas. Adagio sans musique. Et cela dura si longtemps qu'il en perdit la notion du temps et de l'espace. Il en perdit le sommeil et l'appétit. Il en perdit la vue et l'ouïe et tous les autres sens. Il tombait toujours mais il ne le savait plus. Même son cœur, tout grand qu'il soit, s'était tu. Quand on regardait d'en haut, on voyait seulement une silhouette encore plus noire que l'obscurité ambiante, bras et jambes écartés, qui devenait de plus en plus petite, de plus en plus lointaine et qui finit par disparaître tout à fait. ... Un choc soudain le ranima. Son cœur se mit à battre un peu plus vite. Il se redressa sur les coudes et regarda autour de lui. Il se demanda s'il était mort. Une petite lumière clignota à côté de sa main. Et... oui, il entendait une musique, un air de flûte très doux qui lui mit les larmes aux yeux. Il se leva lentement, chancelant sur ses jambes mal assurées. C'était encore l'obscurité et les fines rayures grises, mais la petite lueur à ses pieds avait bougé. Elle était venue se poser sur son épaule avec beaucoup de délicatesse et éclairait maintenant un peu de l'espace autour de lui. Il entendait toujours la flûte, peut-être un peu plus fort. Une fugue... Il se mit lentement en marche, se laissant guider par la musique. Avec cette drôle de petite lueur sur son épaule. rf/27.12.2011



06/10/2015
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